L'ECCLESIASTE


Aller au contenu

Menu principal:


aimer la main ouverte

PSYCHOLOGIE


" Une personne compatissante, voyant un papillon lutter pour se libérer de son cocon, et voulant l'aider, écarta avec beaucoup de douceur les filaments pour dégager une ouverture. Le papillon libéré sortit du cocon et battit des ailes, mais ne put s'envoler. Ce qu'ignorait cette personne compatissante, c'est que c'est seulement au travers du combat pour la naissance que les ailes peuvent devenir suffisamment fortes pour l'envol. Sa vie raccourcie, il la passa à terre. Jamais il ne connut la liberté, jamais il ne vécut réellement. "



En lisant cette histoire je suis certains que beaucoup d’entre nous peut en comprendre le sens en l’appliquant à tout système relationnel et éducatif.
Dès la naissance du premier de nos enfants, la boulimie de possession mijote inconsciemment en nous avant même la montée de lait maternel qui le nourrira. Mon fils, ma fille (ma bataille), dans cette ardeur jalouse se cache l’inavouable projection sur cet autre "nous même" en devenir. Quel bonheur, que dis-je, quelle jouissance d’avoir à soi une partie de notre chair à chouchouter, câliner afin de canaliser nos besoins instinctifs de domination.

Ces mots sont-ils vraiment inappropriés ? Si nous ouvrons un instant les yeux sur les relations humaines depuis la petite enfance jusqu’au soir de la vie, qui peut nier le fait que ceux-ci ne sont que contrôles, orientations, manipulation, voir asphyxie? Qu’il est dur de le reconnaître tant notre honnêteté sur le sujet est viciée par nos certitudes.


Un jour, un jeune retraité me confia, après les obsèques de son père, avoir subit, sa vie durant, la dictature de celui-ci. Pour lui, il avait choisi, à chaque heure de son existence, son école, la meilleure bien sûr selon ses critères, ses activités sportives, sa profession évidemment, défit une relation amoureuse, jugée mal assortie, le tout bien entendu dans la meilleure intention du monde, et qui exerça cette main mise pédagogique même sur la génération suivante de ses petits-enfants. Le pire, m’avoua-t-il, c’est que jamais il ne s’en est rendu compte, tant sa course inlassable vers l’idée qu’il se faisait de notre bonheur était aiguë et aveuglante.



Chacun d’entre nous peut avoir en tête l’image de ces bébés top-modèle, ces enfants mini stars du petit écran, lancés sur scène par des parents assoiffés de gloriole tellement fragile et éphémère.

Quelle énergie nous pousse, parfois jusqu’à l’acharnement, envers notre bébé premier de la classe ou champion sportif, quels rêves hantent nos nuits pour que nous puissions dire un jour, "mon fils, chirurgien…" "Ma fille avocat…" ou remplir une vitrine de trophées et de coupes?

Sans en arriver aux caricatures évoquées plus haut, sommes nous à l’abri de toute forme de manipulation envers nos aimés, qu’ils soient enfants ou conjoints?
Serais ce un besoin d'assouvir sa passion d’être quelqu’un et de réaliser un idéal à travers sa créature….? L'académicien du XIXe siècle,Ernest Legouvé donne, au mot éducation, un sens bien différent : "Elever un enfant, c’est lui apprendre à se passer de nous".






Dans
nos relations amoureuses, là aussi, notre désir d’embrasser peut souvent se teinter (symboliquement s'entend) de cannibalisme et "Je te mange dans la main" devient parfois "Je vais te manger la main" jusqu’à ce que l’un des partenaires se mue en vampire, détruisant toute la personnalité de l'être, pourtant chéri, et réduisant à jamais le projet d' épanouissement personnel que chacun est en droit d'attendre d'une relation d'amour.



Observons deux amoureux…
Martine qui conduit dit : c’est par là le bon chemin.
Pierre : mais non ce n’est pas par là.
Martine suit le chemin qu’elle croit être le bon.
Pierre fait la gueule ou crie ou quitte la voiture (au choix selon vos réactions). L’exemple est puéril bien sur.
Les bouderies, les cris les "Je retourne chez ma mère" sont autant de moyens de pression, pour ne pas dire de chantage, afin de soumettre l’autre à nos désirs, parce que l’autre ne fait pas ce que nous voulons. Mais qu’elle est cette loi qui impose à l’un de faire la volonté de l’autre? N’avons-nous pas chacun le droit de nous tromper de chemin et de reconnaître humblement "Tu avais raison".
Tyrannique moi? Allons donc, personne ne me l’a jamais dit !

Alors osons dès ce soir poser la question à nos enfants à notre conjoint :
As-tu l’impression que j’ai tendance à imposer mes idées, ma volonté, as-tu le sentiment que je te manipule vers mes choix?

Laisser la liberté ou l'offrir à celui qui ne la conçoit même pas, c’est un risque, mais cela demeure la seule voie de la maturité et de l'épanouissement auquel chacun à droit dans toute relation d'amour.
Ruth Sanford enseignante (1906-2001), chercheur et psychothérapeute américaine a développé le sujet de l’amour qui épanouit, antonyme de celui qui coupe les ailes comme le papillon de notre histoire. Voici donc ce qu’elle écrivît sur le sujet :




Apprendre à aimer la main ouverte est une toute autre démarche. C'est un apprentissage qui a cheminé progressivement en moi, façonné dans les feux de la souffrance et les eaux de la patience.
J'apprends que je dois laisser libre quelqu'un que j'aime, parce que si je m'agrippe, si je m'attache, si j'essaie de contrôler, je perds ce que je tente de garder. Si j'essaie de changer quelqu'un que j'aime, parce que je sens que je sais comment cette personne devrait être, je lui vole un droit précieux, le droit d'être responsable de sa propre vie, de ses propres choix, de sa propre façon de vivre. Chaque fois que j'impose mon désir ou ma volonté, ou que j'essaie d'exercer un pouvoir sur une autre personne, je la dépossède de la pleine réalisation de sa croissance et de sa maturation. Je la brime et la contrecarre par mon acte de possession, même si mes intentions sont les meilleures.

Je peux brimer et blesser en agissant avec la plus grande bonté, pour protéger quelqu'un. Et une protection et une sollicitude excessives peuvent signifier à une autre personne plus éloquemment que des mots : "Tu es incapable de t'occuper de toi-même, je dois m'occuper de toi parce que tu m'appartiens. Je suis responsable de toi. " Au fur et à mesure de mon apprentissage et de ma pratique, je peux dire à quelqu'un que j'aime : "Je t'aime, je t'estime, je te respecte et j'ai confiance en toi. Tu as en toi ou tu peux développer la force de devenir tout ce qu'il t'est possible de devenir, à condition que je ne me mette pas en travers de ton chemin. Je t'aime, tant que je peux te laisser la liberté de marcher à côté de moi dans la joie et dans la tristesse. Je partagerai tes larmes, mais ne te demanderai pas de ne pas pleurer. Je répondrai si tu as besoin de moi, je prendrai soin de toi, je te réconforterai, mais je ne te soutiendrai pas quand tu pourras marcher tout seul. Je serai prête à être à tes côtés dans la peine et solitude, mais je ne les éloignerai pas de toi. Je m'efforcerai d'écouter ce que tu veux dire avec tes paroles à toi, mais je ne serai pas toujours d'accord avec toi. Parfois, je serai en colère, et quand je le serai, j'essaierai de te le dire franchement, de façon à ne pas avoir besoin d'être irrité de nos différences, ni de me brouiller avec toi. Je ne peux pas toujours être avec toi ou écouter ce que tu dis, parce qu'il y a des moments où je dois m'écouter moi-même, prendre soin de moi. Quand cela arrivera, je serai aussi sincère avec toi que je pourrai l'être".
J'apprends à dire cela à ceux que j'aime et qui sont importants pour moi - que ce soit avec des mots ou par ma façon d'être avec les autres et avec moi-même. Voilà ce que j'appelle : "aimer la main ouverte".


Page d'accueil | ACTUALITE | PSYCHOLOGIE | SOCIETE | SPIRITUALITE | LES ECRITS SACRES | RECITS DIVERS | Plan du site


reflexions humanistes et spirituelles | serries.claude@orange.fr

Retourner au contenu | Retourner au menu