L'ECCLESIASTE


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Lettre à un ami sceptique

SPIRITUALITE

Nait-on crédule ? Devient-on sceptique ? Et si ces deux états n'étaient que deux facettes respectables de notre condition humaine ?

Nous avons tous notre conception personnelle sur la vie, incarnée dans la finalité de nos actes, notre morale propre, nos objectifs individuels. Les sots ne changeant pas d'avis, il est aisé de constater qu'heureusement nous évoluons avec les années, les expériences, les réflexions et les recherches personnelles. Aux certitudes intransigeantes et parfois sectaires de l'adolescence suivent, à travers les douloureuses réalités du quotidien, une plus grande souplesse d'esprit, une meilleure acceptation, une plus grande tolérance ; Voilà ce que l'on peut souhaiter de mieux à chacun. Ainsi certains changent d'idées politiques, abandonnent la foi de leur enfance quand d'autres s'en découvrent de nouvelles.

Je vais donc livrer, puisque certains courriers m'y invitent, le sens que je donne à la vie humaine, cela n'engage que moi évidemment, mais permettra surement à ceux qui me questionnent, une réflexion utile à cette quête existentielle qui demeure une composante de la grande majorité des hommes.


Synthétisant la proverbiale pensée de René Décarte,
" je pense donc je suis ", l'existence, est non seulement à l'origine et au centre de la réflexion mais la réflexion est également la finalité de cette même existence. Je suis, donc je pense ! Nous " sommes " pour réfléchir, mais à quoi donc? Sinon au sens de ce que je suis. Cette pensée de la fonction du "Je pensant" fut reprise par Jean Paul Sartre ( la critique de la raison dialectique) mais lui se déclarait contrairement à Décarte, athée et sa pensée suivante,
" la raison doit avouer son impuissance devant la liberté, l'absurdité, la solitude, la mort, l'échec, l'amour, le souci du quotidien…" (Encyclopédie de la jeunesse) ouvre la porte à tous les pessimismes, à toutes les désespérances.
Je n'ai pas voulu dès lors, dans mon questionnement et mon vécu personnel, en rester là.
Devant cette impasse sartrienne rien n'interdit de franchir audacieusement les murs qui l'enferment et de poursuivre le travail de la raison, proposé par le philosophe, vers
le " supra-humain ". Les moqueries habituelles sur ce tabou moderne, entourant bien des recherches philosophiques, ne peuvent provenir que d'esprits stupides et bornés ou de ceux dont la pudeur brime le partage de cette pensée unanime.




En effet, toutes les cultures, sous tous les cieux et en tout temps, ont proposé la perspective d'une gestion intelligente de l'univers. Il est clair que les images que nous en avons reçues, dans notre passé, culturel, historique ou familial, même si elles sont quelquefois respectables dans leur finalité, semblent de moins en moins cadrer avec l'évolution de nos concepts ainsi que les réalités révélées par les découvertes modernes, en biologie, zoologie, physique, géologie et bien d'autres sciences exactes. Des dieux lubriques antiques, plongeant leurs regards sur les hommes à travers les petites lucarnes qu'étaient sensées être les étoiles, au Dieu des monothéismes à barbe blanche, il faut avouer que bien peu de contemporains y trouvent réellement leur compte. Ceci explique à la fois, la tiédeur envers les " institutions religieuses ", fixistes mais aussi la radicalisation de certains intégrismes devant l'effondrement de leurs certitudes archaïques dès lors que les fidèles s'arrogent le droit arrogant de réfléchir.

Les physiciens savent (et il ne s'agit pas là de vagues croyances) qu'il existe d'autres dimensions, non seulement dans l'univers mais aussi dans l'infiniment petit de notre cerveau, il n'est pas de décennie qui n'apporte sa découverte sur le sujet. Plusieurs écrits traitent de l'anti matière, de " l'au-delà " des trous noirs ainsi que de l'énergie de la pensée ou les champs électriques du corps humain sans parler des " raccourcis temps " de l'espace. Plusieurs savants modernes concluent que rien ne peut être le fruit du hasard, la matière et encore moins la vie de celle-ci, et si à cela on ajoute la pensée créatrice artistique, scientifique, morale ou philosophique alors…il faudrait donner au hasard une puissance, une imagination, une créativité, une intelligence ne cadrant pas précisément avec la notion véhiculée par ce mot.

Présentée aussi loin que possible de la bondieuserie cléricale habituelle, la notion d'une intelligence supérieure peut se révéler parfaitement acceptable par beaucoup de sceptiques. La raison en est donnée non pas dans le sens moderne du mot scepticisme (incrédule ou athée), mais dans son sens originel philosophique. En effet celui-ci, d'après le philosophe Armant Cuvillier (1887-1973) est
" la négation du savoir absolu, le refus d'admettre une chose sans examen critique et doute scientifique ". Ce principe ainsi énoncé repose sur les enseignements antiques de Pyrrhon, philosophe Grec (360-275 av JC) et du Crétois Aenésidème (-80 av-130 ap JC) qui mettaient en doute la réalité du monde visible mais affirmaient celle du monde spirituel et celle du divin. Rien avoir donc avec le choix du négationnisme total, oserais je dire primaire, arbitraire et définitif, sens que l'on prête, à tort donc, au scepticisme.
Ainsi suis-je moi-même un grand sceptique, selon les définitions précitées.
Je nie en toute humilité le savoir absolu, je ne reçois rien que je ne puisse examiner avec raison, je doute régulièrement, le monde visible n'est pour moi qu'une réalité artificielle éphémère, lui préférant de loin celui de l'esprit et qui ne meurt pas.



A la perception, quasi unanime chez l'espèce humaine, d'une intelligence supérieure, s'annexe celle d'une morale, d'une connaissance du bien et du mal selon les termes génésiaques. Mais d'où l'homme peut-il sortir ça? Quel cerveau s'est soudainement aperçu que certains de ses actes étaient répréhensibles et d'autres louables? Et dans quel but notre cerveau conditionne t-il nos actes, nos pensées même, dans ces deux cases parfois fluctuantes : bien/mal?
Hormis la théologie, aucune autre science ne répond à la question. Le jugement moral, absent de chez toutes les autre espèce vivante sur terre, apparait clairement être le critère d'appartenance à l'espèce humaine, s'affinant toujours plus vers une perfection dont il est issu et vers laquelle il doit se diriger.

Mais alors à quoi bon la multiplication et la diversité des rites et pratiques religieuses, me direz vous, si le comportement moral est le critère par excellence de l'homme en évolution? Et d'ailleurs comment découvrir les plus justes observances dans tout ce fatras de pratiques culturelles et sociales, ethniques ou claniques même, tellement diverses et parfois contradictoires ? Les uns se recueillent le vendredi, quand d'autres le font le samedi ou le dimanche ; consommer du porc sera tabou pour Rachid ou Moshé alors que pour Ganach et akhilesh ce sera la vache…
Il est certain que tous les grands courants religieux possèdent leurs ordonnances et leurs rites. Mais combien il est attristant de voir bien souvent l'ignorance totale de leurs sens profondément pédagogiques dans l'exécution de gymnastiques superstitieuses. Est-il primordial de faire le signe de croix alors que je suis dur de cœur et d'oreille aux peines de mon entourage ? Quel bénéfice peut m'apporter de prier maintes fois par jour, d'offrir de l'encens, de verser de belles offrandes si je n'ai aucun respect pour mon prochain en affaire ou en toute autre démarche.
Un jour le directeur d'une paroisse vendit à un jeune étudiant bien naïf mais aussi désargenté, une voiture qui se révéla avoir un vice irréparable. La morale se limiterait elle pour ce ministre des cultes à ses observances cultuelles ?



Dans les monothéismes apparus en dernier dans l'histoire des religions, signifiant, me semble t-il, une épuration de la pensée (comme la monogamie à l'égard de la polygamie), nous trouvons toujours, à quelques nuances près, la même intuition des valeurs basiques de la morale : Le souci du bien être son prochain, ce dernier portant même le titre social, ainsi qu'affectueux, de frère.
Que de disputes de mots souvent stupides, stériles, et assassines entre dogmatismes péremptoires parfois locaux ou éphémères!
Que de paroles, de prescriptions, de commentaires manipulateurs prononcées par les " élites religieuses " violant, candidement et à leur insu, les consciences de ceux qui leur abandonne puérilement toute liberté de réflexion !

Seuls les rites pratiqués et la connaissance reçue engendrant, chez les croyants, la sensibilité, la sagesse, la miséricorde, la charité, le respect, l'élévation de l'âme, les conduisant à tourner leur regard compatissant vers leur prochain, justifient en eux toute leur utilité et cette démarche n'est pas vaine.


Mais revenons au vrai sceptique, celui qui n'accepte rien sans examen critique et ne s'arrête pas à la simple adhésion à la vague intuition d'un être supérieur. Le vrai sceptique, cherche, honnêtement, travaille à sa quête et dépasse les promesses illusoires du " terre à terre " anesthésiant. La plénitude du bonheur ne se rencontre pas dans l'aisance matérialiste ni la surenchère de la croissance collective mondiale, pronée unanimement par nos politiciens, car le jour vient, bien vite d'ailleurs, où tout s'arrête, pour chacun d'entre nous, lorsqu' il se trouve alors seul, face à sa définitive échéance; grande surgit alors la détresse de ceux qui n'ont pas pris la peine de répondre individuellement aux exigences de leur âme.
De nombreux courriers de mes lecteurs m'indiquent leur démarche entreprise dans ce sens et j'en suis intensément vivifié.
Alors, si cette page provoquait, chez tous les déçus du matérialisme, chez tous ceux dont l'idée de naître, vivre et mourir comme un quelconque animal ou végétal déconcerte, une vague d'authentique crise de scepticisme spirituel, alors mon objectif serait atteint.

Je suis confiant, je sais que de la profonde et sincère réflexion de ces " roseaux pensants ", comme nous appelle Pascal, émane inéluctablement la lumière qui nous rattache à l'Esprit. Si penser c'est "être", ainsi que le déclare Décarte, soyons donc tous, biens vivants.
Ceux qui en ont fait l'expérience comprennent parfaitement cette évolution personnelle.
Elle reste en attente et un espoir pour notre espèce vivante marchant, la mort aux trousses; tant qu'il y a encore la vie, n'y a-t-il pas encore l'espoir ?



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