L'ECCLESIASTE


Aller au contenu

Menu principal:


Rap et violence

SOCIETE

La musique adoucit les moeurs déclarais je récemment à une mamie qui s'offusquait de la violence des bom bom... soutenant des mots quelque peut orduriers, je l'avoue, d'un rappeur moderne. Je dus éteindre l'autoradio ne désirant pas que cette agression artistique contamine mon honorable passagère...
Agression, violence, révolte, c'est, il faut le reconnaître, la première impression qui émane de bien des musiques "jeunes". On est loin de Lully, vivaldi et Mozart....Bien que certaines symphonies classiques véhiculent aisément l'angoisse ( Wagner), la puissance conquérante armée (Beetowen) etc.
Remercions tout de même certains artistes rappeurs de nous offrir parfois de beaux textes romantiques et quelques musiques apaisantes (relativement, mais bon....)


C'est dans les années 80 qu'émerge aux états unis cette expression musicale, le rap hardcore, narrant la vie quotidienne du bronx, ses guerres de gang, proxénetisme, drogue etc, reprise en France par le goupe NTM dont le nom ( nique ta mère) revendique à lui tout un programme, rejetant toute norme morale. Le rap et les gestes qui accompagnent tout pratiquant de ce syle de musique sont indéniablement agressifs. Peu d'entre nous connaissent l'origine du geste, si commun aux chanteurs, de pointer deux doigts de la main (où la main entière) vers le bas ou en face. Celui ci mime un "magnum" ou autre arme à feu, pointée sur sa victime à terre ou dans sa direction. Rassurant non..?
De tout temps, la jeunesse, et les états totalitaires s'en méfient, véhicule les idées neuves, le désir de changements, de justice, la foi dans un avenir meilleur, le tout gorgé des nobles sentiments animant les "à peine sortis de l'adolescence": l'amour, la passion, la fraternité...parfois même de vrais élans spirituels.


Tout cela vit dans cette musique qu'une trop succincte approche qualifie de primairement barbare.
Mais ces messages n'étaient-ils pas superbement biens proclamés par les poètes des temps jadis et même proche? Jean Ferrat, Brassens, Lenon, Boris Vian et tant d'autres ne se sont-ils pas fait l'écho d'une révolte devant certains absolutismes justement révoltants? L'agressivité en moins, c'est vrai.
Le rap véhicule autre chose de plus profond. Il s'agit d'un véritable pragmatisme, un activisme, un vécu des basses classes marginales et banlieusardes, car il est une musique de banlieue. Promenez vous dans un quartier à haute concentration de population, en périphérie de nos grandes villes, loin des circuits touristiques et l'agressivité vous saute aux yeux à chaque coin d'immeuble. Voitures épaves, poubelles renversées, papiers, plastics, trottoirs défoncés, terres pleins dépotoirs, cages (le mot sonne juste) d'escaliers crasseuses, boites aux lettres arrachées....Le rap nait de la banlieue ghetto. Bien sur une question vraie mais stupide me vient à l'esprit: la pauvreté est elle vecteur de crasse et de destruction? D'auto destruction pourrait-on préciser?

Avez vous déjà constaté qu'un chien attaché devient souvent agressif? Qu'un fauve peut tourner en rond dans sa cage jusqu'à l'ulcération d'un de ses membre et continuer encore et encore? Qu' un animal abandonné, enfermé, à tendance à passer sa rage sur le mobilier qui l'entoure, jusqu'à tuer ses petits, s'arracher les poils, se mutiler?
Toute espèce animale et nous en sommes, pratique la dégradation de son cadre de vie, l'automutilation du peu qu'il lui reste, manifestant ainsi son renoncement à vivre une vie invivable.
L'art, fruit de l'imagination esthétique émotionnellement passagère, est aussi une activité incarnée de besoins et de désirs naturels, vitaux, de satisfactions organiques, ainsi que de fonctions sociales.

Or notre économie matérialiste pousse chacun à la course effrénée à l'équipement, incessamment renouvelé au grès de toute nouveauté technique. Tout devient vite périmé et, suprême outrage aux yeux de la jeunesse, "ringard". Je ne vous fais pas l'affront de vous énumérer tout ce qui apparut sur le marché ces 15 dernières années ni son évolution.
Mais cette soif intangible de technologie crée inévitablement une insatisfaction chronique, car à peine
l'objet de notre convoitise installé à domicile, nous constatons avec stupeur que demain sort le nouveau modèle irrésistiblement performant.....
L'incessante amertume de cette quête sans fin conduit les hommes, Denaïdes des temps modernes, à un épuisement physique et surtout mental, acquittant crédit sur crédit et sollicitant prêt sur prêt. Permettez moi de faire, auprès de l'art cinématographique, ce sarcastique et personnel emprunt : le bonheur n'est pas dans le prêt!

Les faits sont là, la folie matérialiste conduit à la folie de la violence; l' art musical n'en revendique nullement la fonction de remède mais simplement le symptôme révélateur de cette insatiable pathologie . Tout bon médecin sait par expérience que la fièvre, si elle n'est pas la maladie mais son révélateur, peut avoir en elle même non seulement de lourdes conséquences mais aussi un effet bénéfique, limitant, par l'élévation de la température, le développement des germes infectieux.
Le rap, sa violence verbale et gestuelle, porte donc en lui les mêmes propriétés qu'une fièvre. S'il peut entraîner, comme une fièvre mal maîtrisée, débordements et conséquences irréversibles pour le malade (dégradation de son entourage) il permet, comme une soupape de sécurité, d'évacuer le trop plein d'énergie, certainement très légitime, de contestations et d'insatisfactions résultant d'une vie sans horizon. Je passe sous silence les lieux communs aux beaux parleurs, friands de "Y a qu'à" et " il faut que" ne proposant généralement que répression et nettoyages au karcher ( maladroite formule)....N'étant pas appelé à ces nobles fonctions, je laisse aux politiques la responsabilité de gérer les crises fiévreuses qu'ils ont elle même créées, étant bien au fait des limites pernicieuses des thérapie symptomatiques appliquées par tous les états et de tout temps, offrant du pain et des jeux, alors que notre empire matérialiste semble au bord de l'implosion.

La crise que j'évoque là n'est pas financière, ni matérielle dans le sens de manque de biens, mais elle se rapporte à un manque de "bien être". Elle résulte de l'antagonisme millénaire entre les possédants, les puissants (ceux ci étant les mêmes), et les affligés, les laissés pour compte, ceux qui pour x raisons n'ont pu ou su prendre le bon chemin, bien gérer leur petit capital matériel physique ou intellectuel, ceux qui n'en n'ont jamais eu aucun. On ne peut accuser personne d'une certaine malchance de ne pas avoir eu la bonne vision des bons choix à faire aux bons moments, conséquence d'une intelligence du milieu éducativement ou héréditairement craintive.



Je vais vous en démontrer le mécanisme.
Il y a environ 10 ans une dame âgée proposait un appartement à un prix dérisoire. Le visitant, le futur acquéreur demandait aux locataires en place pourquoi ne l'achetaient-ils pas. Ils n'avaient pas plus d'argent que lui pour investir. Ces derniers déclinant l'offre (mauvaise vision?), il finit par acheter et constata vite que les loyers encaissés remboursaient le crédit effectué auprès de sa banque. En 10 ans à la revente la plus value fut de 400% ....Les locataires furent très fâches de l'apprendre! il y a des chemins importants que certains n'osent pas prendre au bon moment.

Il y a ainsi une inéluctable injustice attavique, car si "les hommes naissent libres et égaux en droit" selon la déclaration de droits de l'homme, ils ne naissent pas égaux de corps (physique et santé) d'âme( psychisme, intelligence) et d'esprit (morale et spiritualité).
Cette inégalité fait que les uns s'élèvent physiquement mentalement et spirituellement alors que d'autres "rament" de génération en génération....
Jadis l'église apportait, ça ne lui coûtait guère, la consolation du futur paradis, fermant ainsi les yeux et surtout la bouche des dépossédés de la terre. Les réponses de jadis ne comblent plus ceux qui cherchent des explications à l'histoire de l'humanité. S'il existe des régions du monde ou l'acceptation religieuse de cet état des choses permet toujours de réduire la masse au silence, il n'en n'est pas de même dans les pays permettant un niveau élevé d'introspection . La politique non plus n'apporte aucune vraies réponses à cette quête.
Cette injustice, des corps malades, des esprits bornés, des âmes assoiffées se crie par nos rappeurs.


Ayons des oreilles pour entendre et des yeux pour voir, au delà des rythmes et des mots, la profonde injustice de nos sociétés actuelles et passées, rançon de la loi universelle du système dans lequel tourne notre planète à travers les millénaires.
Toute la gestion terrestre n'est qu'une immense marmite d' inégalité, d'arbitraire et de privilège génétique, social ou géographique, dans laquelle le fort, l'intelligent, l'astucieux mange toujours le petit, l'innocent, la naïf, le malade. C'est ce raz le bol, cet immoral arbitraire, dont l'homme n'est pas le responsable mais la victime, ignorante de son rôle dans l'univers, ce non sens de nos vies animales, que dévoilent à grands cris et inconsciemment j'en suis certain, les esprits "poétiquement" inspirés de nos jeunes artistes.

En rester au simple constat ne permet guère de positive évolution dans le domaine.
Il faut apprendre dès lors à poursuivre le débat en posant d'autres questions:
Pourquoi et depuis quand les lois de la nature sont elle aussi iniquement barbares et cruelles?
Qui tire les ficelles invisibles de nos vies?
Existe t-il une source permettant d'étancher cette soif de justice énoncée par nos vieux poète parfois défraîchis et hurlée aujourd'hui par nos rappeurs?
Aux oreilles pour entendre, aux yeux pour voir, aux autres sens dont la nature nous a pourvu, si chacun ajoutait un sixième sens ( et c'est pas facile tant nos cerveaux sont embrumés par tant de fausses conceptions), celui d' une perception "extra sensorielle", certaines réponses alors n'émergeraient elles pas de nos élucubrations cérébrales?
C'est ce chemin que proposent, depuis fort longtemps, philosophes et humanistes, anciens et modernes, cherchant les réponses aux angoissantes questions existentielles que le "roseau pensant" de Pascal est un jour amené à se poser lorsqu'il fait taire les préoccupations du quotidien.
Je regarde depuis les rappeurs d'un autre oeil, mais ils ignorent ce que je vois en eux.



Page d'accueil | ACTUALITE | PSYCHOLOGIE | SOCIETE | SPIRITUALITE | LES ECRITS SACRES | RECITS DIVERS | Plan du site


reflexions humanistes et spirituelles | serries.claude@orange.fr

Retourner au contenu | Retourner au menu