L'ECCLESIASTE


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Viva la muerte

SOCIETE



Quelle satisfaction pour les fleuristes qui, en ces jours de fête religieuse, écouleront en grande quantité cette vigoureuse marguerite des morts que nous appelons chrysanthème
Mais quel paradoxe aussi pour nos sociétés intellectuellement si évoluées, ce retour, lors de la fête des morts, dans un lointain passé dont nous ignorons pour la plupart les tenants et les aboutissants.
Il ne faut pas chercher dans notre culture judéo-chrétienne, ni dans un apport du monothéisme musulman, l’origine de cette pratique du culte des morts, car il s’agit bien de cela, il nous faut l’admettre en toute honnêteté.

Au plus loin que puissent remonter les historiens, nous plongeons chez les peuples celtiques qui par des rites et des prières honoraient ainsi les âmes de leurs chers disparus, le 1er jour de leur année, appelé "Samain". Ces rituels auraient pourtant une origine encore plus ancienne.
Il s’agirait d’une fête qui permettait aux païens rejetant Dieu d’honorer les âmes des hommes ayant péri dans les eaux du déluge. En effet le récit de la Genèse déclare que cette méga inondation survint le 17 è jour du second mois de l’année ce qui dans notre calendrier correspondrait avec le début du mois de novembre. Le souvenir de l’évènement fut ainsi répandu sur toute la terre puisque ce jour reste célébré sur tous les continents bien qu’à des dates quelque peu différentes. Nos ancêtres les Gaulois célébraient ainsi l’entrée dans la période des ténèbres (l’hiver) et celle des esprits maléfiques. Si vous êtes assaillis de petits monstres, sorcières ou squelettes venus frapper à vos portes réclamer des offrandes, vous avez là un aperçu de ce folklore carnavelesque macabre. Halloween vient de l’anglais "All hollows even" signifiant veillée de la Toussaint.

Car justement en parallèle à ce jour de tristesse nous amalgamons une autre fête venue se greffer sur celle-ci, la fête de tous les saints, la Toussaint, dont l’origine en est heureusement mieux connue.

Le peuple romain, excessivement pieux, avaient la coutume de vénérer tous les dieux, même ceux de leurs adversaires, une fois assujettis, afin d’afficher un semblant de respect de leur identité ethnique et culturelle. Ainsi construisirent-ils le Panthéon à Rome, superbe temple dans lequel trônaient les statues de toutes les divinités de l’empire. Sous le règne de l’empereur byzantin, Phocas, Rome étant devenue chrétienne depuis plus de 3 siècles, le pape Boniface IV consacra, le 3 mai 605, ce lieu de culte païen à la vierge Marie et aux martyrs. Ce n’est qu’en 835 que le pape Grégoire IV choisi la date du 1 novembre et décréta que le panthéon, après avoir servit à l’adoration des idoles païennes, serait consacré à celle de tous les saints.

Ainsi l’église, selon son habitude, sut phagocyter diplomatiquement les pratiques idolâtres pour son enrichissement cultuel, assimilant les us et coutumes des peuples sur lesquels elle étendait son empire. Le sabbat devint dimanche, la vierge à l’enfant Isis devint Marie, le jour de Mithra, Noël, le jour de l’an celtique, devint le jour des morts jumelé avec la Toussaint, etc, etc.
Sage adaptation ou déconcertante perversion, chacun jugera selon sa conscience, je n’entrerai point ici dans ces querelles doctrinales.

Pourtant cette vénération de nos morts a néanmoins quelque chose de franchement embarrassant pour peu que l'on ose se poser de bonnes questions.
Parmi les nombreuses mises en garde que nous trouvons dans les écrits bibliques, reconnus naturellement par les chrétiens, il en existent qui concernent justement les rapports entre les vivants et leurs morts. Il s’agit toujours de textes mettant en garde les premiers des pratiques les rapprochant de ceux qui ont disparus. La consultation (la demande d’un avis ou la supplication ou la prière) d’un mort est rigoureusement interdite et cette pratique de parler aux âmes des trépassés s’apparente indiscutablement au spiritisme. De même dans le "nouveau testament" aucun enseignement n’est donné sur ce culte de défunts. Il est certain que le deuil est parfois si difficile que la consolation de pouvoir toujours "parler" avec ses biens aimés peut paraitre apaisante, mais permet-elle réellement un vrai travail de deuil? La préoccupation d’un passé à jamais révolu ne nuit-elle pas à la reconstruction de celui ou de celle qui survit? J’ai connu une maman inconsolable qui priait et pleurait son fils disparu; Combien ma surprise fut grande d’apprendre que cela durait depuis plus de 20 ans….



Que de larmes annuellement versées dans nos églises et nos cimetières, alors que le message évangélique propose un vrai détachement pour la vie terrestre et son aboutissement…
Il semblerait préférable pour tous d’aimer nos chers vivants, parents et amis, de les entourer de notre présence affectueuse, leur offrir des fleurs, de beaux chrysenthèmes s’il le faut, afin d’orner leurs demeures et de jouir de leurs sourires. Il semblerait préférable aussi de pleurer ensemble sur nos chagrins et détresses afin de réchauffer nos cœurs en témoignage de notre soutien mutuel. Qu’attendons nous le cimetière pour nous honorer les uns les autres?

Vous comprendrez donc, famille et amis, vous tous qui réjouissaient mon cœur aujourd’hui, que demain, n’en déplaise à mon cher ami fleuriste, je n’irai pas enjoliver vos tombes de bouquets éphémères.


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