L'ECCLESIASTE


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Le roi et les deux voleurs

RECITS DIVERS > Récits

JERUSALEM, PROVINCE DE PALESTINE, VIEILLE DE PÂQUES, 18 ème ANNEE DE REGNE DE L'EMPEREUR TIBERE

Deux condamnés de droit commun partagent le supplice de la croix avec un politicard abandonné. Sur l'écriteau cloué au dessus de sa tête, l'acte d'accusation: Roi des Juifs*.

De ce roi là, les chefs du peuple Juif en tutelle sous la botte romaine n'en voulaient pas et avaient obtenu la peine de mort du prévenu.
"Nous n'avons d'autre roi que César", avait hurlé la foule quelques heures auparavant devant le palais où se jugeait l'affaire, afin d'obtenir une sentence irrévocable et radicale du tribunal Romain.
Troublé par la profession de foi du peuple envers Tibère, et ne désirant pas être la cause de conflit diplomatique avec une quelconque puissance étrangère, Ponce Pilate avait décidé de pousser plus en avant l'interrogatoire du prévenu.





-"Es tu vraiment roi?"demanda t-il au prisonnier; Il existait en effet, aux marches de l'empire, beaucoup de tribus plus ou moins soumises ayant chacune un petit roitelet à sa tête;
-Oui, je suis roi, mais mon royaume n'est pas un royaume comme ceux que les humains bâtissent, ( nous n'avons pas les mêmes valeurs...) les armes à la main".

Pilate fut vite convaincu que cet homme, lui apparaissant certainement comme un philosophe rêveur, ne porterait point ombrage à l'empire qu'il représentait en tant que préfet, comme c'était souvent le cas des turbulents Zélotes*. Ces derniers se proclamant Messies*, fomentaient périodiquement quelques révoltes vite noyées dans le sang. Pilate chercha dès lors à le faire libérer le dénommé Jésus.


Mais les chefs du parti politico-religieux Judaïque, ressentaient le réel danger de perdre toute crédibilité devant la renommée croissante de l' inculpé auprès du peuple. Celui ci leur reprochait trop vertement les pressions qu'ils exerçaient sur l'homme de la rue et d'avoir, comme souvent beaucoup d' autorités religieuses, une vision étriquée de la foi, imposant des prescriptions poussiéreuses, dénuées d'humanité. Ils sortirent alors de leur kippa un argument de poids.

-" Cet homme mérite la mort, il se prend pour le Messie*, fils de Dieu ".
Le romain, incroyablement superstitieux, comme tous ses contemporains consultant les devins et divers augures à longueur d'année, fut troublé par cette accusation singulière.
-"D'où es tu"? questionna t-il. L'inscription qu'il fit porter sur la croix "Jésus de Nazareth, roi des juifs" indiquait que Pilate connaissait d'où l'individu venait. Sa question était d'une autre nature, "qui es tu vraiment"?
Les réponses du prévenu le placèrent devant un mystère dépassant son entendement.
Ce jésus n'avait rien de ce qui caractérise un accusé ordinaire. Ses paroles brèves et calmes démontraient qu'il n'entrait pas dans le cadre des luttes ordinaires d'ici bas auquel lui, préfet et soldat était accoutumé. Ce roi ne revendiquait aucune possession terrestre. Son royaume semblait d'une autre dimension, celle certainement, des divinités.
Ce qui le confirma dans cette hypothèse, ce fut le message que Claudia, sa chère épouse lui fit parvenir. "J'ai rêvé de cette affaire cette nuit, ne fais rien contre ce juste" . Les romains étaient convaincus en effet que les dieux parlaient la nuit par songes.
Comment donc faire passer la patate chaude et se laver les mains de ce procès?( ce qu'il fera devant la foule symboliquement).

Sentant la balance de la justice pencher en faveur de l'acquittement du blasphémateur, "Je ne trouve rien à reprocher à ce juste" dira Pilate, les accusateurs le tirèrent d'embarras avec un dernier argument allégeant sa conscience.
-"Tu as peur des conséquences? dirent ils, et bien nous porterons, nous et notre peuple, l'entière responsabilité de cette affaire, que son sang retombe sur nos têtes et celle de nos enfants".

Le débat est toujours ouvert pour savoir si le diable et ses suppôts humains ont enregistrés cette sentence, toujours est-il que si un peuple fût martyrisé à travers les siècles depuis ce temps, ce fût bien celui des descendants d'Israël. Je n'apporterai pas d'eau au moulin des broyeurs de Juifs des générations passées, mais je veux juste, encore une fois rappeler, combien les sentences bibliques se révèlent fascinantes quant à leur réalisations ( voir Gaza et la Palestine).
Le faible préfet, ayant trouvé un compromis avec sa conscience, livre l'homme Jésus aux mains des bourreaux par une phrase demeurée à jamais célèbre :"Ecce homo" (voici l'homme)

Les soldats de Rome, selon la coutume, se moquent de lui, l'insultent et le fouettent, puis une fois clos leurs enfantillages de garnison sur leur victime muette, ils le conduisent sur le lieu des exécutions publiques, en compagnie de la fournée du jour, deux bandits des grands chemins; ils réalisèrent ainsi, sans le savoir, la plus énigmatique, pour les juifs, des prophéties concernant le Messie :
"Il sera frappé, humilié, maltraité, il n'a point ouvert la bouche, il fut conduit comme un agneau à l'abattoir" ( texte intégral Esaié 53 écrit vers 600 avant l'événement).




Mais rien ne se fera ni ne s'écrira par hasard. Dans le dialogue des deux larrons crucifiés avec notre condamné, un message subliminal transpire pour qui veut bien l'entendre. L'humanité toute entière, dans ces deux personnages, se heurte aux deux seules alternatives faces aux ultimes questions de l'homme nu et impuissant devant sa mort. Elles constitueront l'enjeu du célèbre "pari de Pascal"*.

-"Eh toi, le Messie! il est où ton bon Dieu?" ironise l'un des deux brigands, s'obstinant jusqu'au bout dans sa folie en tournant le principe spirituel à la dérision.

Il persiste à croire, comme beaucoup, que si la puissance divine ne répond pas, c'est qu'elle n'existe pas, ignorant que c'est par sa discrétion que réside la liberté de l'homme. Comme les chefs religieux de sa génération il espérait un royaume terrestre d'Israël bâtit au fil de l'épée. Il n'entend plus la voix de ses pères lui rappeler que la chevauchée de l'homme ici bas n'est qu'une école de présélection pour son devenir dans l'au delà. A l'article de la mort, pas une seule pensée de réflexion d'espérance positive chez cet individu, rien. De lui même, il ferme définitivement une porte.

L'autre condamné, pense utile. Son dialogue avec Jésus nous apprend qu'il sait tout, comme les habitants de Palestine de l'époque, des mouvements de foule suscités par ce "roi des juifs" en croix à côté de lui, il connaît aussi, on le devine à ses propos, son enseignement si différent de celui des religieux traditionnels. Qu'ais je à perdre? Telle est sa pensée utile en cet instant. Si pour une fois je me repentais de mes actions, et n'ayant pas de prêtre près de moi qui mieux que ce pieux compagnon d'infortune dont l'écriteau sur la croix précise qu'il est "LE" roi des juifs pour bénéficier d'une ultime consolation, d'un dernier espoir? Puisque son royaume n'est pas de ce monde il faut bien qu'il soit ailleurs....Si un instant, un instant seulement, avant mon dernier souffle, j'envisageait la possibilité d'une autre vie dans cette autre dimension qu'enseignait ce Nazaréen? Que me coûte t-il d'y croire?
Il reprend son compagnon d'aventure, "n'as tu pas honte à l'heure de ta mort de renier Dieu?"

Puis au Christ*, dans son dernier souffle, il force sa voix:
- "Souviens toi de moi quand tu établiras ton règne..."
Ignorant sa souffrance, l'appel de l'homme en détresse éveille une fois encore chez le roi des juifs un sentiment de pitié pour la race humaine, mais à celui qui demande, il offre tout. En cet instant, tout, résonne dans ces mots:
-"je te promets, tu vivras avec moi dans l'autre monde".
C'est par ce récit et cette promesse que le monde entra dans une ère nouvelle.
Lorsque nous fêterons Pâques, autour du traditionnel gigot d'agneau et de ses haricots secs, sans oublier ses chocolats...(voir Joyeuses Pâques) il est de notre devoir de nous souvenir que cette fête n'est rien d'autre que l'anniversaire des événements relatés ici, il s'agit d'un souvenir et un souvenir est tout de même fait pour ne pas être oublié, surtout celui d'une promesse.







LEXIQUE:
*
Roi des Juifs: Tous les écrits de l'ancien testament font état d'un "ROI" à venir, de la lignée des rois David et Salomon. Tout contemporain de cette époque savait donc ce que représentaient ces mots "roi des juifs".
Les rois d'Israël recevant l'onction d'huile préfiguraient ce personnage (Messie*) apportant le salut à tous les peuples.

Mais le nationalisme d'Israël finit par les convaincre que leur Dieu installerait son royaume chez eux leur donnant la domination sur le reste de la terre, passant sous silence tous les textes décrivant un messie humble, rejeté des hommes et devant mourir, comme le symbolisait les sacrifices d'animaux instaurés bien avant Moïse et pratiqués au temple de Jérusalem. Il est étonnant que rares sont ceux qui font le rapprochement, entre la mort de Jésus, appelé "l'agneau de Dieu" dans les évangiles en référence aux sacrifices, et la destruction du temple de Jérusalem, mettant fin à la pratique millénaire de ce rite.
La théologie du Christianisme y voit là, la rencontre entre le symbole "l'agneau sacrificiel"et la réalité, le Messie en croix. Ni le temple ni les sacrifices d'animaux n'avaient plus leur raison d'être.
Seul l'Islam a repris, 600 ans après, cette pratique Juive par la fête de l'Aïd-el-Kebir ( fête du mouton), sans en percevoir, eux non plus, toute la symbolique originelle. Malheureusement, car là réside la véritable pierre d'achoppement entre les trois religions du livre.
*Messie : mot hébreux signifiant oint, roi, envoyé (de Dieu)
*Christ: traduction grecque du mot hébreux messie.
*Zélote : Partisan politico-religieux Juif de la résistance armée contre l'occupation romaine ( maquisard local...)
*Pascal : Philosophe, théologien mais aussi mathématicien et physicien du 17ème siècle. Il propose dans ses pensées un calcul d'intérêt mathématique à la croyance, connu sous le nom du " pari de Pascal". Les joueurs, les calculateurs et les matheux y trouveront peut être leur compte en cliquant sur le lien.


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