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Ma cabane au Canada

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Ma cabane au Canada




De tous les voyages que nous avions faits, à travers tous les continents, mon épouse et moi-même gardions un souvenir ineffaçable de celui effectué au Canada. Aussi souvent, nous nous promettions, lors de notre retraite, de nous y installer. Notre cabane au Canada, nous l'avons si souvent rêvé…Nous l'avons eu. Mais laissez moi vous raconter la chose.

Au bord d'une petite route forestière, sur un coteau, à 3 Kms d'un petit village, nous avons craqué pour un petit bijou en bois. Un chalet avec terrasse, donnant sur un joli petit jardin bien arboré. Nous nous sommes installé fin octobre, les érables éclataient en couleurs de feu.Une féerie! De la cuisine tous les matins, en prenant notre petit déjeuner, nous observions l'empressement des écureuils, charriants, en économes prudents, toutes sortes de denrées glanées à travers bois.

Mais le plus beau spectacle nous fut donné le soir du15 novembre. Il faisait doux en cette belle soirée d'automne quand, fermant les volets je perçus, tourbillonnant dans l'air, les premiers flocons. Il neige, il neige! tout respirait la paix au tour de nous. Dans un silence religieux nous restâmes un long moment à contempler le sol se tapisser de ce doux manteau céleste. Bien sur, le lendemain, je me levais tout existé par la promesse d'un spectacle dont je soupçonnait l'ampleur. Je ne fus pas déçu. En poussant les volets, un peu plus fort que d'habitude, je sentis la fraîcheur m'envahir en même temps que l'émerveillement. Rapidement habillé, j'allais ouvrir les portes fenêtre de la cuisine qui donnaient sur la terrasse. Nous prîmes le petit déjeuner presque en silence contemplant le blanc jardin que nous surplombions au delà du jardin.

Puis armé d'une bonne pelle, je me mis à dégager l'allée conduisant au portillon. Je m'amusais comme un gamin, pelletant de bon cœur, dégageant la boite aux lettres sur son poteau, le devant du garage, et poussa même le plaisir à nettoyer le trottoir, rejetant les 10 centimètres de poudreuse sur la route. Je venais juste de finir quand j'aperçu le chasse neige qui déblayait celle-ci. D'un signe de main amical je saluais l'employé municipal qui fit de même au volant de son puissant engin. Mais sur la trajectoire de son retour quelle ne fut pas ma surprise de voir passer la machine et pousser en passant toute la neige que j'avais rejeté à nouveau sur le trottoir, avec en supplément celle, bien sur, qu'il ôtait de la chaussée. J'ai rit innocemment du gag, tout en reprenant la pelle pour à nouveau nettoyer le devant de la maison.

Vers le soir la température baissa soudainement et la neige fit à nouveau son apparition. Voilà la deuxième couche pensais je, il va falloir s'habituer. Il neigea donc toute la nuit mais aussi le lendemain et toute la nuit suivante. Le 18 novembre, en ouvrant les volets de la chambre, je ne reconnus plus le paysage. Il était tombé au moins un mètre de neige et le froid devint bien plus vif. Chaudement vêtu et bien botté, je refis le chemin jusqu'au portillon. Mais cette fois, tracer un passage dans autant de neige ne fut pas de tout repos. J'étais en nage et le courage me manqua pour déblayer le trottoir. De toute façon je pensais bien à l'inutilité de cet exercice. A peine achevé mon dur labeur, me déchaussant en rentrant, j'entendis passer le chasse neige.

Avec stupeur, je vis l'horrible engin déverser sur le trottoir un mur de cette neige bien tassée qui nous isolait de la civilisation. Comme certainement les Canadien ne font pas dans le détail, le portillon fut enseveli sans aucun respect. Quel abruti, et comment on sort, nous?
Allez, prenons la pelle. Ainsi je passais beaucoup de temps à cette activité qui soudainement ne m'apparut plus ludique du tout. Je me contentais uniquement de créer un passage et vu la hauteur et l'épaisseur à enlever, cela me prit presque toute la matinée. Je dus ensuite liberer une surface suffisante afin de pouvoir ouvrir les volets de la baie devant la terrasse. Heureusement le chauffage central fonctionnait bien ainsi que la cheminée devant laquelle toute l'après midi, je réchauffais mes courbatures. Il ne neigea pas les jours suivant, mais le blizzard du grand nord descendit des montagnes. Nous eûmes droit à ses hurlements près de 48 heures.


Le 20 novembre, la tempête apaisée, je vis, en ouvrant la porte une immense congère recouvrant la terrasse jusqu'au toit. Une montagne semblait vouloir engloutir le chalet. Impossible d'ouvrir les volets. Mais il fallait penser à l'urgence. Le ravitaillement. Pour cela il me fallait sortir la voiture, mais auparavant m'habiller, car le thermomètre accusait un -25° . Je sortis enfin vêtu comme un cosmonaute dégager la porte du garage. Ce fut mon calvaire du matin. Durant trois heures je dus manier la pelle mais aussi la pioche pour creuser le mur de glace bien tassé que c'est enfoiré de chasse neige avait dressé, en plusieurs couches contre la porte.
Dans l'après midi, équipé comme un inuit, je descendis prudemment avec ma Chevrolet vers le village. Dans la descente, il fallait s'y attendre, ça descendit, mais le virage, juste avant le petit pont, je ne pus le négocier habilement. Avec angoisse je me vis poursuivre la trajectoire en ligne droite et si je fus heureux d'éviter la rambarde du pont, ma joie s'arrêta contre un énorme sapin qui stoppa net par la même occasion, ma descente du talus, 3 mètres plus bas. Le choc ne fut pas très violent mais le beau sapin ne sembla pas l'apprécier. Il me le fit savoir en se déchargeant des 2 ou 3 tonnes de neige qui l'habillait, sur le toit de la voiture….


Ce n'est pas en tapant sur le tableau de bord ni en accusant ce P….. de sapin que je sortirai de ce tombeau. Je dus passer par la vitre creuser un tunnel à main nue, m'enfoncer dans cette masse et suer comme un bœuf pour remonter la pente et accéder à l'air libre. Je mis plus d'une heure. Exténué je parvins au village et me précipitait chez le concessionnaire automobile. Lui expliquant la situation, il me proposa d'acquérir un petit 4/4 d'occasion, ainsi avec 4 roues motrices, pareille aventure ne m'arriverait plus. Il se chargerait de récupérer plus tard mon épave échouée sur ( ou plutôt sous ) l'arbre. J'étais parti faire quelques courses, même avant d'entrer dans le super marché, je me suis vu délesté de 18000 $ ….

C'est vrai que sur le retour dans la nuit, à 16 h ( et oui ), je senti bien l' adhérence des 4 roues motrices sur la neige. J'eus tout de même une pensée haineuse après le petit pont, en apercevant dans la lumière de mes phares, un grand sapin….entièrement vert et un monticule blanc à son pied d'où émergeait une aile arrière grise. Je croisais en chemin le chasse neige. Ah! Il n'arrête jamais celui là! Je devinais son dernier forfait. Il me fut confirmé lorsque je vis le névé habilement dressé devant la maison. Une immense barrière blanche empêchant tout accès à mon domicile. Je maudit cet employé, ce cantonier à la C…, c'est abruti de déneigeur et sa maudite machine. Il veut ma mort, mais je me battrais contre les éléments. Devant la tâche à accomplir, la fatigue, les émotions de la journée, le froid polaire, je ne me sentis pas de taille de relever le défi le soir même. Tant pis la voiture dormira dehors cette nuit. J'escaladais lamentablement les méfaits du déneigeur, véritable mur de la honte pour moi, et regagnait ma chaude demeure. Quelle journée!
Il neigea cette nuit encore. Abondamment. Nous ne pouvions plus ouvrir les volets à cause des congères, seule la pelle me permettrait de sortir. Au cours de cet exercice matinal, je vis passer le chasse neige. Il ne perdait pas son temps celui là! J'assistai avec stupeur à l'enfouissement, en un passage, de mon 4/4 sous son mur de glace! Quel demeuré, ce zélé ramasseur de neige, cela ne semblait pas possible qu'une telle mission soit confiée au plus taré du village.Tous les mots orduriers de la langue française et les quelques expressions tout aussi vulgaires en langue locale que je prononçais, que je criais plutôt, ni les gestes les plus menaçants ne purent m'apporter l'apaisement. Je n'allais pas passer mes journée d'hiver à me battre contre ce bâtisseur de murailles de glace, cet engloutisseur de voiture, ce brasseur de M… blanche! (Expression Canadienne)



J'allais téléphoner au maire de la commune et lui expliquer mon vif mécontentement. Mais la précipitation est souvent l'ennemi de l'efficacité dit-on, toujours est-il que le froid ayant bien gelé le petit sentier creusé dans la neige à la sueur de mon front, je partis dans une glissade courte mais incontrôlée. Je chus sur le dos, mais aussi sur le manche de la pelle que j'avais jeté par terre de dépit lors du passage de l'auteur de mes tourments. La douleur me coupa le souffle; Je devinais qu'une vertèbre ne respectait plus l'alignement réglementaire à la douleur qui suivit mon premier mouvement. C'est en me traînant que je parvins à frapper à la porte suppliant mon épouse de vite ouvrir et de téléphoner au médecin. Je passais une nuit atroce, ce dernier étant en déplacement dans la commune voisine. Ce ne fut que le lendemain qu'il arriva. Heureusement son expérience d'ostéopathe lui permit de me remettre en quelques mouvements sur pied.




Nous étions épuisés par les évènements. Ma femme n'était pas sorti depuis plusieurs jours et sombrait dans la déprime. Quel pays de fou où le moindre déplacement semble réservé aux émules d' Indiana John! Où le moindre rêve devient vite cauchemar! Une seule décision lucide s'imposa. Quelques heures plus tard, le taxi vint nous prendre pour nous conduire, avec tous nos bagages, vers l'aéroport le plus proche. J'avais réservé un vol pour Paris, et nous rejoindrions nos enfants dans leur villa du midi de la France.Vive le soleil!


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