L'ECCLESIASTE


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mayday mayday mayday

PSYCHOLOGIE

Mayday mayday mayday : signal international lancé par un navire en détresse.
Nous avons tous notre parcours familial et affectif, si ce dernier peut être un long fleuve tranquille pour les uns il se révèle pour d’autres un torrent tumultueux dévalant, à travers mille cascades et remous, des sommets idylliques de l’état amoureux, aux gouffres insondables d‘incompréhension et d‘indifférence, dans lesquels la seule issue prévisible exalte un avant goût de noyade.
Si votre esquif suit un fleuve tourmenté, faisant eau de toute part, vous faites partie des 75% des familles en péril en France, mais rassurez vous, 25% d’entre elles trouveront une berge accueillante pour faire le point avant de repartir dans de meilleurs conditions. Le tout est d’abord de savoir s’arrêter à temps avant que les turbulences ne s’accélèrent irréversiblement.

C’est là que réside la première difficulté, car comme un skieur débutant, ne pas sentir la limite de l’incontrôlable vitesse et l’inévitable chute brisera peut être à jamais nos euphoriques apprentissages de cohabitation.
Une parole maladroite, blessante, une requête, une exigence autoritaire, une banalité en fait, insignifiante, marquant le début d’une légère contrariété, puis le non dit ou le mal dit peut être et voici le premier grain de sable grippant le mécanisme que nous avons cru, à tort, éternellement bien huilé par la passion amoureuse.
A ce premier atome s’ajoutera immanquablement d’autres poussières qui, contrairement aux grains de sables inertes, deviendront au fil des jours, grains d’ivraie germant au cœur de nos différences, étouffant perfidement les plus belles fleurs de nos jardins intimes.
Nos différences? Nous avions tant cru qu’il ( elle) nous ressemblait, pensait comme nous, ressentait, aimait, projetait, ah! cette fameuse longueur d’onde sur laquelle nous surfions si harmonieusement entre deux baisers…Le "tu n'es pas comme les autres" murmuré affectueusement à l'être aimé devient vite un hurlement "tu ne fais vraiment rien comme tout le monde...." La vague qui nous portait allégrement s’est, il faut le reconnaître, perpétuellement brisée sur le rocher de nos originalités cérébrales.



Michel est furieux, le contrat mijoté avec tant de professionnalisme, annulé par un client pourtant choyé, puis le coup de gueule vexatoire du patron, il ouvre la porte du "sweet home" et heurte de plein fouet le sourire de Martine, le cœur au bord des lèvres, inquiète du cadeau d’anniversaire livré par "papa" au fruit de leur amour de 4 ans, ce soir là….Cet anniversaire ne sera pas la fête de tout le monde….

Lucie est furieuse, toute une après midi passée à la clinique pour un doigt de son garçon écrasé par une porte, elle a appelé 10 fois au bureau, "Mr est en déjeuner d’affaire", qui va donc récupérer le petit à la maternelle?
Et son époux est là, sur le palier, rayonnant, tout fier de ses contrats signés, un bouquet à la main comme l’épée victorieuse du conquérant…..
Ah, l’heureux père que voilà, il va l’avoir son repos du guerrier…..! En peine gueule oui, qu‘il va l‘avoir!

Je vous laisse le soin de pénétrer bien profondément dans la peau de l’un puis de l’autre des personnages (il faut savoir changer de sexe à ces jeux là) et ressentir l’angoisse, la colère, la déception, la tristesse, la solitude…enfin c’est au choix, je vous fait confiance.


Deux situations résultant d'un cheminement géographiquement, mentalement, affectivement et surtout évènementiel on ne peut plus antagoniste. La rencontre des deux acteurs ne peut être que totalement décalée. Et leurs réactions le seront pareillement car chacun apporte, qui son sac de rage à partager à domicile, qui son trop plein d’hormones affectionnées.
Mais voilà, comment l’homme, rageur d’un échec, peut-il en une fraction de seconde raccrocher ses gants de boxe en poussant la porte de la maisonnée?
Et quelle femme frétillante peut recevoir à la figure le poids de la noire journée de son conjoint?

Et ça, on ne nous a pas appris à le faire, on ne l’a étudié ni l’école ni à l’université. La vraie vie, banalement quotidienne, usante jusqu’aux tréfonds de l’âme se découvre accidentellement au sens quasi littéral du terme.

Ne pourrions nous pas, une bonne fois pour toute, accepter que l’autre ait des circonstances, des raisons et des droits légitimes de ne pas être instantanément en osmose avec moi dès qu’il pose son regard sur ma petite personne inestimable à mes yeux?
Mais quand nous mettrons nous ça dans la tête?
Ne pas violer le vécu de l’autre, aussi futile nous apparaît-il, le balayer d’un revers de main, que ce soit l’irritation de Madame suite à une dispute avec sa belle sœur, ou la perte pour Monsieur d’un trousseau clé.
Il y a des moments avec et des moments sans, mais notre amour propre doit apprendre la non priorité de nos petites affaires.
On ne le dira jamais assez, l’amour (je ne parle pas de l’état amoureux), l’amour qui construit dans le quotidien, c’est d’abord le respect de la différence, de l’incompréhension, du décalage, la considération de l’impossibilité de comprendre et d’être compris. Combien de fois cette phrase "tu ne veux jamais comprendre" n'est elle pas lancée au cours d’un faux dialogue ? Car il y a énormément de faux dialogues, vous savez...., celui ou nous faisons tout pour que l’autre voit avec nos yeux?
Il suffirait pourtant d’admettre humblement, qu'en certaines circonstances, nous nous trouvons l’un comme l’autre dans un état d’inaptitude d’entendement, totalement involontaire. Et cela n’arrive pas qu’une fois mais fréquemment.



Aussi étrange que cela paraisse, ce n’est pas ce que j’ai nommé plus haut, le "cheminement évènementiel" qui est en cause dans les larmes et les drames, car qui peut agir sur sa propre usure face à certaines contrariétés du quotidien? La vraie cause de l’incendie est que chacun, restant dans son état parfaitement fondé, veut imposer à l’autre la prévalence de son humeur résultant d’un vécu que l’autre n’a pas partagé. Et renoncer à ça, c’est très difficile à admettre. Celui ou celle que nous aimons NE PEUT PAS TOUJOURS nous comprendre et nous ne POUVONS PAS TOUJOURS le (la) comprendre ( mais ça c’est plus facile car c‘est toujours l’autre qui est incompréhensible…)
Que faire donc devant ces distorsions émotionnelles?
Le pire serait de s’enfermer égoïstement, chacun dans sa propre émotion ou de se lancer instantanément des reproches à la figure comme de l’huile sur le feu et souffler sur les braises alors que nos vents personnels sont déjà à la tempête.
Si l’un de vos enfants arrive en souffrance (il est tombé, on lui a volé un jouet, il a cassé maladroitement une assiette) allez vous rajouter une gifle là dessus.


Reprenons les deux petites histoires de Michel et Martine, Lucie et Henri.
Dans les deux cas l’un des deux est en souffrance mais c’est encore plus dur quand ce sont les deux, ça ne saurait tarder…car notre fréquent reflexe est de créer instantanément notre propre plainte protectrice.
Le mari rentre et trouve son épouse ralant et pestant quand ce n'est pas peurant sur le vécu de sa journée. La réaction protectrice de monsieur pourras très bien être : "elle se plaint tout le temps, rien ne lui va, etc..." et de s'enfermer bien vite devant son journal, sa télé ou tout autre moyen de fuite à sa convenance. En réfléchissant bien, chacun trouvera son "réflexe protecteur" favoris qui n'est, comme tout réflexe, ni prémédité, ni même volontaire.
Quelle attitude le non souffrant devra-t-il donc adopter face à la grenade dégoupillée?
Comme pour le parent devant les larmes de son petit, ni les cris, les jérémiades ou la gifle, fut elle verbale, n’apporteront de solutions apaisantes et réconfortantes. Le pire est donc d’ajouter une souffrance supplémentaire, c’est tellement facile.

C’est ici que devrait intervenir un mécanisme, très peu cultivée en psychologie, pourtant vital dans nos relations : l’empathie. Contrairement à la sympathie, qui conduit à pleurer avec celui qui pleure et crier avec celui qui crie ( je caricature le partage de l’émotion), l’empathie est son acceptation, sa compréhension, sa légitimation. C’est une pratique souvent innée dans la relation parent-enfant, il ne reste plus qu’à la vivre pareillement dans nos relations entre adultes. Elle n’abaisse, n’humilie ni n’infantilise personne car chacun garde sa place et un vrai dialogue peut ainsi naître.
Cette méthode, largement développé par Carl Roger, psychologue humaniste américain, est à la base de sa démarche thérapeutique conflictuelle dans ce qu’il appelle "l’écoute active"; Peut être cela fera l’objet d’une autre étude, mais en attendant, nous qui souffrons de nous "bouffer" le nez conjugalement, il serait peut être temps de porter un autre regard, d’abord réaliste sur nous-même, révélateur certainement et ensuite plus empathique sur notre conjoint, perçu trop souvent par notre inconscient comme un challenger à dominer ou tout au plus de moindre importance.

Pour tous ceux qui connaissent trop souvent ces agitations ou qui veulent en limiter les conséquences dans leurs relations affectives, je ne saurais trop leur recommander d'afficher bien en vue ce protocole d'accord " obstacles à la réconciliation" signé par les deux protagonistes de scènes familiales.
Ainsi pourrons nous graver sur la porte de notre demeure, ou sur notre embarcation, la devise des Parisiens, chantée par Brassens, "fluctuat nec mergitur" (il flotte mais ne coule pas!)

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