L'ECCLESIASTE


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Oh, peuchère !

SPIRITUALITE

La conscience du bien et du mal entraine très tôt chez l’enfant la notion de conséquence, de rectification (sens étymologique du mot correction) et dans toutes les religions apparait alors le mot, péché. Ah, quel vilain mot! Bien sur, la religion s’empara de celui-ci pour affirmer, sans expliquer, malheureusement, que le péché, c’est la transgression de la loi et que les conséquences en sont les châtiments, voir la mort si on s’en tient à l’image du péché originel.


Pourtant beaucoup ignorent le sens original du mot "péché" dans la langue hébraïque. Il s’agit du mot "hett" que l’on retrouve tout au long de la Torah* et, s’il s’accompagne souvent de l’image de la transgression de la loi, on le retrouve également là où on ne l’attend pas. Par exemple, au cours d’une bataille pour la conquête de la terre promise par les Hébreux, il est cité le cas de sept cents combattants capables de toucher avec leur fronde un cheveu sans le manquer. Or le mot employé pour "manquer" est le mot "hett"ou "hatta’t", péché. Cette révélation revet alors une dimension nouvelle et infiniment plus précise au mot "péché". Vu ainsi, il est tout à fait acceptable de concevoir la transgression de la loi dans le fait de manquer la cible ou le but à atteindre, une erreur de parcours en quelque sorte. Mais quel est le but à atteindre, quel est l’objectif fixé aux humains?

Tout petit, l’enfant grandit de buts en buts. Il veut attraper tel objet et ce n’est qu’après plusieurs tentatives soldées par des échecs, des verres brisés, qu’il arrivera à ses fins. Puis marcher sera une autre cible accompagnée de nombreuses chutes, fréquemment douloureuses. Même si en hébreux celles-ci portent le nom de "hett", pouvons nous leur donner le sens du mot français si fortement péjoratif de "péché" transgression de la loi? Certes, il y a transgression de loi de la pesanteur, de la force d’attraction terrestre, de l’équilibre, mais nous savons tous que l’enfant ne s’arrêtera pas en si bon chemin pour quelques bobos ou dégâts matériels, aussi conséquents soient-ils.


En grandissant, tous les efforts seront poursuivis pour atteindre ainsi le statut d’adulte et d’autres objectifs fixés. Dans cette évolution nous pouvons y mettre celle de notre corps mais aussi de notre intelligence sans oublier le développement moral et spirituel, comme nous le signalons dans tous nos articles de la rubrique "spiritualité". Toute nouvelle découverte, durant notre croissance, implique impérativement une appréciation quant à son utilité mais aussi un apprentissage flanqué de sont lot de cibles manquées… d’erreurs de parcours et de réajustement. Mais qui, sur la route, poursuivrait son chemin découvrant, par sa petite voix intérieure, qu’il fait fausse route, qu’il s’éloigne de son but au fils des kilomètres parcourus?

Certains peut être, les fous, les insensés, les orgueilleux qui, contre toute autre raison que la leur, s’obstinent sur des sentiers impraticables les conduisant plus loin dans leurs égarements…
Ce chemin là, connu des théologiens de la Torah, porte un nom, "endurcissement du cœur". Ce principe est clairement énoncé dans l’épisode fort connu de la libération du peuple Hébreu esclave en Egypte (voir fondement du judaïsme). Alors que Moïse ordonne la libération de son peuple et que les dix plaies ruinaient le pays, nous raconte le livre de l’Exode, "Pharaon, voyant que la pluie, la grêle et les tonnerres avaient cessé, endurcit son cœur. Il s’endurcit et ne libéra pas le peuple’Israël".

Il semble qu’il y ait donc deux visions de ce que nous appelons "péché", ou transgression. La première consistant à rater le but à atteindre, comme le tireur manque, tout en la visant, la cible, le but à atteindre pour son perfectionnement, puis celle de "tirer ailleurs" sur une cible qui ne présente aucun intérêt. Dans le cas du pharaon de Moïse, son but, de garder en esclavage le peuple hébreu, était carrément contraire à la volonté divine exprimée par le prophète. Il y a des cibles qui maintiennent pareillement les hommes en esclavage, poursuivant sans relâche des objectifs égocentriques et finissant par les aveugler royalement. Les nombreux "pourquoi?" exprimés par les déroutés de la vie sont de fréquents témoignages de ceux qui se heurtent aux murs de leurs impasses.
Dans toute la théologie hébraïque, l’Egypte symbolise l’esclavage, l’assujettissement à la volonté d’un autre, celle du pharaon, celle du mal, menant l’homme aux illusions perverses reconnues dans l’idolâtrie Egyptienne. Ceci est tellement vrai, qu'en hebreux, l’appellation même de "mal", ayant le sens d’imperfection, se prononce "rou’a", mot dérivant du nom du dieu "RÂ", divinité illusoire fourvoyant l’homme dans la recherche du droit chemin. Le mal, c'est "RÂ" et "RÂ"est un faux dieu.


Or la libération de cette vie d’esclavage, soumise à notre pharaonique égoïsme, nécessite parfois de revoir entièrement nos cibles et pour reprendre une expression qui revêt là tout son sens, "changer son fusil d’épaule". Viser ailleurs, sortir de la volonté de ce qui nous maintient en servitude, trouver les buts qui libèrent les meilleures de nos facultés, découvrir la réponse à la question posée ci dessus: quel est le but à atteindre, quels sont les objectifs fixés aux humains?
Dès lors que nous avons proposé la définition du mot "hett" selon le texte hébreu, il me semble cohérant de définir par le même texte le sens du mot cible.

Ainsi, le récit mis en avant, illustrant le principe de libération par la visée d’autres cibles se trouve également dans la Torah. Or le mot "Torah" signifie "loi". Si Moïse libéra le peuple Hébreux de la tutelle Egyptienne du monde de Râ (péché) ce fut pour le conduire vers la découverte d’une autre loi, non plus celle de l’oppression mais de la libération. Mais, ne serons-nous jamais libres, diront tous ceux qui croient encore que la liberté consiste à faire ce que l’on veut et à vivre sans lois? Désolé, pour les adeptes de l'anarchie et du chaos, nous sommes tous soumis à quantité de lois physiques, morales et spirituelles. Le grand législateur que fut Moïse (dont la statue trône souvent devant les tribunaux français comme à Perpignan) mit en évidence, mieux que quiconque, que la liberté, c’est l’observation de la loi. C’est ainsi qu’il offrit à l’humanité plusieurs centaines de lois (630) dont certaines sont encore en vigueur dans la majorité de nos sociétés pour notre équilibre et notre bonheur.

Mais rassurez vous, il est inutile de vous les détailler toutes car le génie de Moïse fut de les mettre à la portée de tous en deux phrases tirées toujours de la Torah :
«Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur» (loi du deutéronome chapitre 6)
«Tu aimeras ton prochain comme toi-même» (loi du lévitique chapitre 19)
Voilà, clairement énoncées les deux cibles, élémentaires, au niveau de tous les amateurs de tir, les combattants, objectifs de ceux qui aiment relever des défis. Qui peut prétendre en nier toute leur dimension?
Pour l’israélite ou le chrétien, elles sont clairement formulées que ce soit dans la Torah ou les dans évangiles. Quant aux musulmans, leur pratique constitue le chemin d’Allah tel qu’il est exposé dans le djihad majeur, celui qui conduit l’homme au combat, non contre l’infidèle mais contre ses propres penchants naturels à suivre ses bas instincts (voir les fondements de l’islam).

Dévier de ces objectifs du bonheur par le non respect des lois, que nous appelons "péché", n’est pas une notion propre à la culture hébraïque. La philosophie grecque, selon la définition d’Aristote, enseigne que l’"hamartia" ( le Hett hébreux) est la faute commise par le héros permettant le renversement du bonheur au malheur ou du malheur au bonheur. Tout commentaire à la déclaration du professeur d’ Alexandre le grand, me semble absolument superflu.
Pourtant, parmi ceux qui désirent fuir leur Egypte, choisissant un autre chemin, une autre cible que la recherche inassouvie du confort matérialiste, qui peut prétendre avoir fait mouche à tous les coups? La vie n’est elle pas que "hett" fautes, erreurs, chutes, échecs dans la recherche des buts à atteindre? L'existance demeure pour nous un véritable terrain d’entrainement fait de faux pas et de revers se révélant pourtant fort utiles lorsqu’ils sont suivis d’un réconfortant "peut mieux faire".
Là, réside le sens originel de l’expression compatissante, qui n’a rien avoir avec la pèche à la ligne, chère aux Marseillais "oh peuchère" sous entendant "pauvre de moi" ou plus précisément "pauvre pécheur" j’ai échoué

A cette regrettable déception, comparable à celle du sportif ratant parfois de quelques centièmes de seconde, la marche du podium, quelle part donner à la responsabilité, à la culpabilité de l’échec? Combien de maladies psychosomatiques ne proviennent-elles pas de ce lourd fardeau, traîné des années durant, de confessions en pénitences, de remord et d’auto flagellation masochiste. Cet audacieux regard sur le sens biblique du mot "péché", ne permet il pas enfin, à nous même ainsi qu’à l’ensemble du monde religieux, d’accéder pleinement à la culture de tolérance, de bénignité et de clémence offerte à profusion par les évangiles?
Quel parent en effet rajouterait une fessée à son enfant qui chute dans ses premiers pas? Nous reviendrons sur cette récurrente question dans un prochain article abordant le thème du pardon.



Dans cette attente, assumons joyeusement ce long training journalier, cette longue et astreignante traversée du désert, faite de visées persévérantes, celui-ci étant l’unique chemin nous conduisant, à l’instar des hébreux au Sinaï, vers notre terre promise, le bonheur de remporter le prix. L’essentiel est de marcher dans la bonne direction et il faut parfois du temps pour en acquérir la certitude et en récolter les premiers fruits.

*Torah : de l’hébreu,"instruction". Contient selon le judaïsme, l’enseignement divin transmis par Moïse. Ces écrits relatent l’historique du peuple hébreu ainsi que toutes les lois. La torah est reconnue par le christianisme et en partie par l’islam

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