L'ECCLESIASTE


Aller au contenu

Menu principal:


Pardon

SPIRITUALITE

Prononcer ce mot induit inévitablement les notions de fautes, culpabilité, remords, aveux, réparations, punitions, conscience, coupables et bien d’autres.
Celui qui n’a jamais demandé pardon dans sa vie ou n’a jamais pardonné contrarie un paramètre essentiel aux bonnes relations avec ses semblables en s'enfermant dans la carapace de certitudes orgueilleuses d'être à jamais dans son bon droit. Je voudrais présenter, comme je le fais généralement, sans aucun tabou ni arrière pensée, seulement trois aspects, qui me semblent essentiels parmi d’autres, à cette démarche du pardon humain.
L’aspect juridique, psychologique et enfin spirituel.

Il nous faut avant d’aller plus loin comprendre ce que signifie vraiment "pardon".
Comme l’indique la composition du mot ce qui est "par don" ne peut être que gratuit, un don n’impliquant aucun marchandage. C’est peut être la raison pour laquelle il est difficile à obtenir ou à offrir, nous sommes si peu généreux…
Je te pardonne si tu me demandes pardon, si tu acceptes de faire ceci ou cela, si tu te rachètes une conduite, si tu répares les dégâts etc. Ceci n’est pas le pardon, au sens étymologique du terme, c’est de la négociation, parfois mercantile.
Le "par don" est donc un acte qui ne s’achète pas mais qui se concède, sans contrepartie, c’est une grâce dans le sens de gracieux et gratuit. Cette notion est si peu enseignée, si peu pratiquée, que le sens littéral du mot nous est devenu même inacceptable. Qui peut en effet pardonner une offense alors que l’offenseur non seulement ne demande rien mais en plus n’a nullement conscience du mal dont il est l’auteur?
Pourquoi des lors accorder ce que l’autre ne désire pas?

PARDON ET JUSTICE :
La justice en effet, ne réclame t-elle pas une condamnation en représailles à toute mauvaise action?
Le grand philosophe, Platon, dans "La république" démontre déjà, je vous livre la conclusion de plusieurs chapitres, les conséquenses perfides de la vengeance.
"La justice, questionne t-il, est elle de rendre à chacun ce que nous devons lui rendre?
Oui, dira son interlocuteur… Au bailleur la dette, au malade la guérison, etc, pour en finir avec, au bienfaiteur, le bien et au malfaiteur, le mal.
Non, répond le philosophe, si tu rends le mal à celui est déjà méchant tu le rendras encore plus méchant alors attends toi au pire. Le mal ne rapporte que du mal… Si un père doit dix dragmes à son fils qui les réclame pour se livrer à la débauche, quel jugement porterions-nous sur ce père s’il s’acquittait de sa dette?
Rendre à chacun ce que l’on doit, c’est uniquement rendre ce qui peut être bon pour lui".




L’application de la justice doit ainsi être un bienfait pour le coupable, l’exécution d’une sentence qui le détournera du mal.
Il nous faut rappeler que le mot correction signifie au sens primaire du terme, rectifier, redresser, " faire disparaitre un écart par rapport à une norme" dira le Larousse.
Et le pardon? Pardonner ne détourne évidemment pas le coupable du redressement dont il a besoin;
la "correction" au vrai sens du terme, est conséquente au pardon, elle n’est nullement vengeance.
Pour corriger (rectifier, redresser) une poutre défectueuse, il faut d’abord la reprendre en main (c’est le pardon), voir ce qu’il y a de bon en elle, pour ensuite l'épurer sur l'atelier (c’est la justice) et non la jeter au feu.

PARDON ET PHYCHOLOGIE :
L’offensé subit un dommage, dans sa personne toute entière, physiquement mais aussi psychiquement. L’intégrité se voit altérée et bien après la guérison physique demeure longtemps encore un traumatisme, parfois inapparent, mais qui gangrène insidieusement la victime.
Une jeune handicapée me confiait un jour que, suite à une agression, cinq ans auparavant, par deux jeunes desoeuvrés, elle était depuis victime d’un toc épuisant, la condamnant à se laver et se brosser jusqu’au sang, plusieurs fois par jours, afin de se purifier des souillures reçue. Les plaies étaient cicatrisées, la peau nettoyée, mais le mal s’était infiltré au plus profond de son âme.
Alors que j’osais timidement prononcer le mot de pardon un hurlement me répondit :
"Comment pourrais -je oublier ça?"

Le pardon n’est pas l’amnésie, ni l’excuse, ni la réconciliation, il faut que cela soit clairement stipulé, le pardon est la remise d’une dette qui ne pourra et ne sera jamais payée. Si les membres arrachés ne repoussent pas, la lutte contre la souffrance demeure le seul chemin vers la guérison au risque décomposition mentale que nous appelons pudiquement "trouble psychosomatique".
Le pardon brise les liens qui rattachent la victime à son bourreau, dira un auteur, rescapé d’Auswitch, il permet de tourner la page, car entretenir le désir de vengeance, fruit d’une aigreur respectable, sinon légitime, prolonge la souffrance dans le calcul, qui ne sera jamais juste, du degrés du mal rendu, à celui reçu. Le ressentiment, c’est ressentir une nouvelle fois la douleur, c’est souffrir à nouveau.
Comment donc suivre le chemin de la restauration de l’intégrité psychique?
D’abord, suivant la sagesse de Platon, précurseur du message évangélique, "ne pas rendre le mal pour le mal", car je risque de recevoir encore plus de mal en retour. La vendetta Corse qui faisait au XVIIe siècle près de 1000 morts par an en est une belle illustration. La paix apportée par la vengeance, si chère au comte de Monté Cristo, est une fiction et n’apporte qu’affliction dans la réalité. Ce plat, qui se mange froid, reste sur l'estomac et empoisonne celui qui le concerve.
Il est nécéssaire ensuite, de substituer l’ image de victime en celle de héros, car guérir après une souffrance reçue, sortir victorieux des coups qui pouvaient nous abattre, tient de l’héroïsme. Vous ne le pensiez pas ainsi, n’est ce pas? La gloire est à la victime qui retrouve sa plénitude et non à l’agresseur; il faut en finir avec le cliché, si cher à la littérature et au septième art, de l'apaisement par l'assouvissement de la vengeance. Cette image nouvelle est une véritable thérapie mentale de restructuration et fait du "pardonneur" le premier bénéficiaire de l’action engagée. Il y a une grande victoire au bout de ce chemin.


PARDON ET SPIRITUALITE :
Quelle que soit notre pratique, aucune spiritualité n'ignore le principe du pardon. Celui-ci n’est pas une obscure recommandation, mais un devoir absolu. Plus de 120 textes bibliques traitent du sujet et le coran n’est pas en reste.
Je vous invite avant de poursuivre à lire l’article suivant qui vous permettra de bien comprendre le sens de certains mots:
http://www.lecclesiaste.fr/oh__peuchere_.html

Forts de ces précisions, convenons que, tous, nous commettons bien des erreurs d’itinéraire, laissant plusieurs victimes sur le bas côté. Parfois c’est nous, à notre tour, qui agonisons sur le talus. Pourquoi donc le pardon? Parce que chaque fois que l’un d’entre nous s’écarte du bon chemin il devient coupable, mais aussi victime.
N’avons-nous jamais été victime d’une violente passion (possession, colère, convoitise, jalousie etc) s’emparant du contrôle de nos mots et actions, meurtrissant de bon cœur l’autre, devenu par nous, le souffre douleur de nos actes illicites.
La victime n’est pas uniquement l’homme à terre mais aussi celle par qui le mal porte ses coups. Le mal donné, le mal reçut laisse ainsi sur le ring, deux victimes.
Le voleur, l’assassin, le menteur, le trompeur, est le jouet d’une séduction dont il n’est pas toujours conscient ou qu’il a laissée agréablement germer en lui, tant nos instincts nous égarent.
Faut-il rappeler la dernière prière du crucifié : " Père, pardonne leur, car ils ignorent ce qu’ils font ". Combien d’entre nous, dans nos actions viles, réalisons avec exactitude toutes les conséquences de nos actes, l’amplitude des souffrances occasionnées à nos proches, pour de longues années parfois, le travail de recréation à suivre, mais aussi la dégradation, par notre acte, de notre propre image d’homme que nous prétendons ou désirons être aux yeux de tous.

Une question revient souvent sur le sujet : est-il plus facile de pardonner ou de demander pardon?
Le pardon spirituel énonce les deux démarches, intiment liées, dépendantes et de même ampleur dans l’islam comme dans le christianisme.
"Pardonnez vous réciproquement (lettre de Paul aux Colossiens).
"Pratique le pardon, ordonne le bien…" (Coran sourate 7 v199)
Etre coupable ou victime d’offenses, dans les deux cas, l’acte de miséricorde est un travail de souffrance, de renoncement, d’humilité mais aussi de courage.
Cette démarche s'enrichie, pour le croyant, d' une troisième dimension du pardon, que je nommerai "extrahumaine".
"Pardonne nous nos offenses, ô Dieu, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé" (évangile de Matthieu, chap 16).
"Dieu est pardonneur et miséricordieux" (coran, sourate 24v22).
Les hommes seraient donc débiteurs envers le divin, mais de quoi?


D’abord de nuire à leurs semblables qui sont autant ses créatures qu’eux, mais aussi de la nuisance qu’ils s’infligent à eux même en ne reflétant pas l’idéal humain qu’ils sont appelés à devenir. L’homme de foi est un chargé de mission : être le vecteur d’un comportement nouveau, le témoin d’un affinement moral et spirituel auprès de ses proches et de tous ceux que la vie lui fait côtoyer.
Dans le devoir du pardon il faut exclure le désir de changer l’autre, ce n'est pas de notre ressort, mais celui de nous changer nous même, en rétablissant notre relation, perturbée par l’animosité et la blessure, avec le divin, quand bien même l’autre ne soupçonne pas un instant avoir mal agit envers nous. Pour autant, aller vers celui qui nous a causé une souffrance revient à l’accuser et rien de bon ne peut venir de cette démarche.
Le texte évangélique est clair sur le sujet :
"Si quelqu’un à quelque chose contre toi va vers lui…." C’est le coupable qui agit, et non la victime, celle-ci bénéficiaire du pardon divin reçoit également le ministère du pardon, inconditionnel, au-delà de l’aveu.

Cette courageuse intervention ne peut affranchir le coupable par la formulation si facile de : "excusez moi" suivie de nombreuses auto-justifications : "je ne l'ai pas fait exprès, j'ai pas vu, je savais pas etc etc". Non, l'authentique quête du pardon est une réelle "via dolorosa" permettant au fautif, de mesurer l'ampleur des dégats occasionnés puis de compatir, au plus profond de son âme, à toutes leurs meurtrissures. Ce cheminement humiliant vers l'offensé est suprêmement enseignée dans le chistianisme par la passion du christ. A chacun d'entre nous de le percevoir ainsi et de le vivre.

Je vous demande donc, humblement pardon, je me sens coupable envers vous, de traiter ce douloureux sujet bien trop superficiellement. Il serait justice pour ceux qui sont en souffrance de continuer mon modeste travail. Voici donc deux sites à consulter qui vous permettrons d’aller plus loin vers la délivrance.

Pardon et psychologie



Pardon et spiritualité



Page d'accueil | ACTUALITE | PSYCHOLOGIE | SOCIETE | SPIRITUALITE | LES ECRITS SACRES | RECITS DIVERS | Plan du site


reflexions humanistes et spirituelles | serries.claude@orange.fr

Retourner au contenu | Retourner au menu