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Pentecôte

RECITS DIVERS > Humour

Pentecôte? Un lundi pas comme les autres!


Tous mes amis connaissent mes talents dans le domaine du bricolage me valant le surnom de Pierre Richard. Je les remercie de ne pas me solliciter lorsqu'ils ont besoin d'un petit coup de main, car c'est vrai, je ne sais pas refuser.
Mais ce week end, j'étais invité chez de nouveaux amis dans une ancienne ferme dans l'arrière pays. Au cours de la nuit de dimanche à lundi, un vilain orage s'est abattu sur le secteur. Le vent secoua si fort les arbres qu'une branche du grand platane trônant devant la bâtisse finit par se rompre et termina sa course sur le toit du vieux bâtiment. Au petit matin, la pluie ayant succédé à la tempête, de petits clapotis perturbèrent mon sommeil. Il pleuvait dans la chambre. Trop tôt pour réveiller la maisonnée, je courus chercher quelques casseroles, afin d'éviter l'inondation. Ploc ploc ploc dans la gamelle, fini ma nuit!
On ne dort pas toujours du sommeil du juste à la campagne.

Ce n'est que vers 7 heures que percevant du bruit dans la cuisine je me levais afin d'inviter mon hôte à venir constater les dégâts et mes efforts pour, tant bien que mal, limiter ces derniers.
"Il y a une fuite au toit" conclut-il avec une déduction surprenante!
J'avoue humblement y avoir moi-même pensé.

Nous montons au grenier, vous savez, ces vastes greniers de fermes, recelant mille trésors poussiéreux. En plus il faisait bien jour car le trou causé par la branche fugueuse n'était pas sans importance. Mais dans ce malheur, la clarté du trou nous fit découvrir dans ce grenier un assez important lot de tuiles neuves. Quelle belle prévoyance!
"Ecoute, me dit mon ami, c'est lundi de pentecôte, mais pour mon malheur, Raffarin m'oblige à aller bosser; J'ai en plus un rendez vous important…."
Et là, il plaça la phrase que je redoutais sentir venir….
"Tu peux pas, puisqu'il ne pleut plus et que toi, veinard tu travailles pas, changer les tuiles cassées par celles-ci? En plus tu n'auras pas à les monter puisqu'elles sont déjà au grenier."
Ben tiens!

Le temps étant toujours nuageux, je compris son souci, et compatis.
" Ouais si tu veux, pas de problème, de toute façon on ne part que ce soir".
Ainsi rassuré, après un bon petit déjeuner, nous nous séparâmes, lui pour bosser, moi pour tuiler.
J'aurais du me méfier, car depuis longtemps, côté tuile, j'ai déjà donné, fréquemment et copieusement.
Mais la connexion " dossier douloureux" ne s'est faite que plus tard, enfin trop tard.
Je remontais donc au grenier, armé de bonnes intentions et après avoir charié peiniblement une belle grosse malle vide, trouvée dans le jardin, je plaçait celle ci sous le trou beant et grimpait sur le toit. Je jetais les débris dans la malle, pensant la descendre ensuite, une fois pleine.

Une fois pleine je constatait sa lourdeur, au moins 80 kilos, et m'inquiétais du moyen de la descendre en la traînant, sans trop répandre de poussière et autres débris dans l'escalier, quand je vis un petit finestrou ( comme on dit chez nous) dans le mur du grenier qui s'ouvrait sur une belle poutre à laquelle était attaché…une poulie.
Je ne fus pas long à trouver tout prêt, la corde munie d'un crochet qui lui était destinée.
Mon problème était résolu, je ne risquais pas de me faire le lumbago que je redoutais.
Je passais donc la corde par la poulie, enroulais l'autre extrémité prudemment autour de la malle et crochetais le tout.
Je descendis attacher la corde au tronc du platane et remontais aussitôt pousser la malle à travers l'ouverture.

Malin n'est ce pas?

Revenu en bas, je dénouais la corde en l'enroulant autour de ma taille, comme on fait en montagne pour assurer quelqu'un de lourd et le descendre.

Mais alors là, se produisit quelque chose d'inattendu; Je savais le chargement lourd, mais au point de me soulever dans les airs? Ah ça !
Je me vis décoller lentement et remonter vers le toit. Cela pouvait paraître drôle.
Mais je ne vis pas la malle descendre, j'aurais du y penser, mais notre rencontre brutale à mi course me rappela la raison de mon ascension; Je la reçu sur l'épaule gauche et elle se traîna sur tout le coté, en arrachant au passage une partie de mon T shirt et la moitié de mon jogging en nylon. La vive douleur que je ressenti ne m'ôta pas heureusement la présence d'esprit de bien tenir la corde. Enfin je crois! Toujours est il que je continuai à monter, stupéfié et la jambe en sang, griffé par le bois de cette caisse.

Je me doutais bien qu'une fois le chargement en bas je m'arrêterai.
Ben non, l'arrêt brutal me fut accordé par ma rencontre avec la poutre.
Si pâques est passé, l'œuf est bien là, sur mon crâne, énorme et douloureux. J'ai faillit lâcher prise, mais j'ai seulement laissé glisser la corde entre mes mains.
La brûlure? Des cloques en témoignent encore. Mais le pire, c'est qu'en arrivant à bloquer la corde je suis remonté des quelques centimètres suffisant pour me coincer les doigts dans la poulie.

Au même moment la malle s'éventra en heurtant bruyamment le sol transformant tout son chargement de morceaux de briques en tessons de dimensions et de formes variées. Mais, ce que je sus peu de temps après, tout le fond céda libérant la totalité de sa charge, et se trouva de ce fait beaucoup plus légère que moi. Le déblocage de mes pauvres doigts meurtris fut instantané, ainsi que ma descente. J'essayai bien d'attraper la corde remontante entre mes cuisses afin de freiner ma chute inévitable, mais, à son extrémité pendait toujours le crochet et les planches disjointes du coffre que je pris là où habituellement on s'assoie. La force du nouveau choc me fit écarter les jambes et arrachant le reste de mon jogging et quelques morceaux charnus de ma postérieure anatomie, la caisse continua son chemin labourant au passage mes cotes et mes bras.
En bas, m'attendaient les centaines, que dis je des milliers de petits tessons que je reçus, cul nu.

J'avais mal partout. Milles aiguilles dans mon postérieur, les jambes ensanglantées, les cotes labourées, les doigts bleus. Dans le soulagement du contact avec le sol, bien qu'il fût rude, j'ai lâché la corde. C'est peut être le seul geste que j'aurais du éviter et que je regrette le plus. Mais on ne peut pas penser à tout quand les évènements se précipitent.
Là haut, la caisse, le crochet, ignoraient sans doute la loi de la pesanteur, mais pas son application. Alors que je reprenais mes sens, regardant mes mains meurtries, je reçus toute la cause de mon malheur sur le crâne.
Le lundi de pentecôte? Quelle tuile!
sans compter l'ardoise à la pharmacie du coin.

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